Et voilà, tout juste 10 jours que j'ai repris le travail et mon moral est déjà en baisse...
C'est plus fort que moi, mais c'est vraiment décidé, je n'y arriverais plus, ce n'est plus fait pour moi !
Au plus bas de ma dépression, je me suis levée un matin en réalisant que ma vie n'était pas en adéquation avec ce dont j'avais besoin. C'est d'ailleurs là que j'ai eu le déclic et que j'ai
commencé à vraiment cuisiner. C'est difficile à expliquer parce que pendant des années, depuis mon adolescence, je me voyais en tant que "working-woman", bossant dur mais tout en étant
fière, toujours tirée à 4 épingles, en tailleur et "limite" talons aiguilles du matin au soir....
J'ai touché du doigt ce que pendant des années je m'étais imposée, mais à quel prix ?
Au prix d'être toujours stressée, pressée et survoltée, excédée par mes enfants qui eux, innocents, n'ont pas ces aléas du temps et de la pression morale. Je regrette tout ce temps perdu... Je
m'étais imposée un modèle type, mais en fait de compte un modèle irréalisable. Je dis irréalisable car il y a toujours à côté une maison à tenir, un mari à aimer et à combler, des enfants pour
lesquels il faut être présent pour eux et non pour soi.
J'ai essayé d'être celle que j'avais tant espérée, en me disant que je alors devais être heureuse... mais ma vie avait changée, et moi-même j'avais changé, je ne m'en suis pas rendue compte, trop
occupée à me dire que tout allait bien puisque j'avais abouti au modèle que je m'étais fixée.
Et si j'ai fini par craquer, outre tous les évènements malheureux qui nous sont arrivés en 2006, c'est qu'il y avait bien quelque chose qui n'allait pas au fond de moi. En fait, je passais à côté
de mes enfants et à côté de ma vie, trop occupée à me glisser dans ce vieux costume obsolète !!!
Oui, j'ai changé !! Profondément changé, je le sens. J'ai rangé aux placard mon armure : fini les tartines de maquillage, je sors en étant naturelle, et j'arrive même à me trouver bien comme ça !
(alors que ça m'a été impensable pendant 10 ans !). Je commence à participer à la vie de l'école et j'ai vraiment envie de continuer, d'abord parce que c'est plaisant mais surtout parce
ça me fait plaisir de voir évoluer mon fils dans son milieu. J'ai envie, non besoin ! d'avoir le temps de prendre soin de mon intérieur, de ma
petite famille. Que tout soit propre quand je vais chercher mon fils à l'école à pied, qu'il y est un bon 4 heures encore tout chaud sur la table quand mon mari rentre du taf...j'ai envie de
repasser mon linge devant les feux de l'amour, avoir la force de faire ma vaisselle juste après le repas et ne pas m'écrouler de fatigue sur le canapé, de changer la couche de mon fils en jouant
avec lui sans lui engueuler dessus car il gigote trop et que je suis en retard pour X choses....
Tout cela va changer.... J'ai vu ce que j'étais capable de faire pendant mon dernier mois de maladie où j'allais mieux. Aujourd'hui il me reste encore 6 semaines et demie à bosser, c'est très dur
mais j'ai ma porte de sortie.
J'ai envie d'être à la totale disposition de ma famille. Et non, je ne trouve pas ça asservissant ! Pour avoir bossé à fond ces 9 dernières années et ne pas avoir eu le luxe "d'avoir le
temps", je sais maintenant à quel point ça fait mal et qu'on ne peut jamais rattraper ce qu'on a manqué. J'ai envie de ranger pour eux, de cuisiner pour eux, j'ai envie de les voir ravis et
reposés.... il n'y a rien de plus beau dans la vie, rien de plus essentiel !
Il ne faut pas croire que le travail est valorisant... on n'est que des pions interchangeables, un jour t'es là, on te fait "la lèche" et le lendemain t'es plus là, et on te casse, ou
l'on t'oublie !
Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir compris quelles étaient les VRAIES priorités de ma vie. Je n'ai de conseils à recevoir de personne. Ni même d'un moi-même ressurgit du passé avec 15 ans de
retard !
Non, je vais écouter "mon moi-même", celui d'aujourd'hui et celui qui a vraiment besoin de vivre..... Je vais enfin faire ce que je ne me suis jamais accordée pendant
toutes ces années :
profiter de ma famille et avoir le temps... d'avoir le temps !
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